« La plus belle voiture du monde », dixit Enzo Ferrari. Un pur-sang né du Mans, dessiné à la règle à calcul — et offert au prix d'une simple GT.
Il y a des voitures rapides, des voitures rares, et puis il y a la Type E. Ce capot interminable qui plonge vers une proue basse comme un fauve, cette poupe effilée dessinée non par un styliste mais par un aérodynamicien — Malcolm Sayer, à la règle à calcul, comme on trace une aile d'avion. Quand Jaguar la dévoile à Genève en mars 1961, Enzo Ferrari lâche la phrase qui la suivra à jamais : « la plus belle voiture du monde ». Soixante ans plus tard, personne n'a trouvé mieux à dire.
La Type E ne descend pas d'une routière : elle descend d'une voiture de course. Fille des Type C et Type D victorieuses au Mans, elle en reprend la philosophie aérodynamique de Malcolm Sayer et une architecture d'avant-garde pour une GT de 1961 — coque monocoque centrale, berceau tubulaire avant boulonné portant le moteur XK, quatre freins à disque et une suspension arrière indépendante (l'IRS Jaguar) qui fera école. Le tour de force n'est pas seulement esthétique ou technique : Jaguar offre tout cela à un prix très inférieur à celui d'une Ferrari ou d'une Aston contemporaine. Une voiture de sport de 240 km/h, au tarif d'une bonne GT.
Sous le long capot monobloc bat d'abord le 6-en-ligne XK 3,8 L à triple carburateurs SU, hérité de la XK150 S — environ 265 ch, près de 240 km/h, le 0 à 100 en quelque 7 secondes. En 1964, la cylindrée passe à 4,2 L : puissance quasi identique mais couple nettement en hausse, une souplesse qui transforme le caractère de l'auto sans rien lui retirer. Puis, en 1971, le coup de théâtre : la Série 3 reçoit un V12 5,3 L tout aluminium, inédit, environ 272-276 ch et plus de 410 Nm — feutré, noble, capable du 0 à 100 sous les 7 secondes. Trois cœurs, une même silhouette.
Environ 72 584 exemplaires sortiront de Browns Lane entre 1961 et 1974/75 : près de 15 500 en 3,8 L, 41 700 en 4,2 L, 15 300 en V12. Trois séries majeures — plus la fameuse « Série 1½ » de transition qui alimente encore les débats — déclinées en coupé Fixed Head, roadster Open Two Seater et 2+2 à empattement allongé. Icône du Swinging London, star de cinéma, voiture des rockeurs et des designers, la Type E est aujourd'hui à la fois blue chip de la collection et youngtimer haut de gamme : le symbole absolu de l'âge d'or du design automobile.
Parce qu'aucune voiture ne cristallise autant l'émotion pure du design. On n'achète pas une Type E pour son chrono : on l'achète pour la courbe de ce capot au coucher du soleil, pour le son rauque et soyeux du 6-en-ligne, pour l'idée qu'un objet roulant puisse être unanimement salué comme une œuvre d'art. C'est un chaînon vivant entre la course au Mans et la dolce vita des sixties.
Et parce que, côté patrimoine, c'est une valeur blue chip. Une Type E saine, à l'histoire limpide et aux numéros cohérents, ne se déprécie pas — surtout un roadster Série 1. Tout le sujet, sur ce modèle, est là : trouver un exemplaire dont la coque et le berceau avant sont sains, sans mélange de séries ni restauration masquée. La beauté attire, la corrosion se cache.
Le conseil du connaisseur : la ligne prime tout. Un roadster Série 1 matching numbers, dans une teinte d'époque, boîte manuelle, vaut toujours mieux qu'une 2+2 tardive ou une Série 3 auto — même mieux restaurée. Sur ce modèle, on paie la pureté avant les chevaux.
| Moteur | 6-en-ligne XK 3,8 puis 4,2 L à triple carbu SU, et V12 Jaguar 5,3 L tout alu |
| Puissance | ≈ 265–269 ch (6-cyl) · ≈ 272–276 ch (V12 5,3) |
| Couple | ≈ 353–384 Nm (6-cyl) · ≈ 412 Nm (V12) |
| Transmission | Propulsion, train arrière indépendant (IRS Jaguar) |
| Boîte | Manuelle 4 rapports · auto en option sur V12 Série 3 |
| 0 – 100 km/h | ≈ 6,8–7,1 s selon versions |
| Vitesse max | ≈ 235–241 km/h |
| Poids | ≈ 1 200–1 400 kg selon carrosserie |
| Production | ≈ 72 584 ex. (1961–1975) |
La Type E se lit comme un livre : la série d'abord (Série 1 > Série 2 > Série 3), puis la carrosserie (roadster > coupé > 2+2), la boîte (manuelle plus désirable), l'originalité (matching numbers, couleur d'époque, absence de mix de séries) et surtout l'état structurel — coque et berceau avant. Une auto européenne documentée prime sur un import US tardif modifié.
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Environ 72 584 Type E entre 1961 et 1974/75 : près de 15 500 en 6-cylindres 3,8 L, 41 700 en 4,2 L et 15 300 en V12 5,3 L. Réparties en Série 1, Série 2 et Série 3, plus la fameuse « Série 1½ » de transition.
La Série 1 se reconnaît à ses phares carénés sous verre et ses petits pare-chocs : c'est la ligne la plus pure. La Série 2 adopte des phares ouverts agrandis, des prises d'air élargies, des pare-chocs et feux arrière modifiés pour les normes US, ainsi qu'un refroidissement et une ergonomie améliorés.
Les Série 1 3,8 et 4,2 L, en coupé FHC et surtout en roadster OTS, dominent la cote pour leur pureté de ligne et leur place historique. La Série 3 V12 offre confort et noblesse mécanique pour un ticket souvent plus accessible, mais avec un entretien plus complexe.
Le V12 5,3 séduit par son couple, sa douceur et sa direction assistée. Mais les puristes préfèrent le plus souvent le 6-en-ligne XK des Série 1 : ligne plus pure, mécanique plus simple, caractère plus léger — d'où une cote généralement plus élevée pour les 3,8 et 4,2 en roadster ou coupé.
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◍ Parlons-en sur WhatsAppFiche recherchée et recoupée. Sources principales : Wikipédia FR — Jaguar Type E · Wikipedia EN — Jaguar E-Type · Antwerp Classic Salon — 60 Years of Jaguar E-Type · Retro Roadster — Histoire de la Jaguar Type E.